« Les hommes ne sont pas des chiffres »

« Les hommes ne sont pas des chiffres »

STATISTIQUES : Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français, réagit à l’étude de l’Insee, publiée ce mardi 22 septembre, « Les niveaux de vie en 2013 », selon laquelle les inégalités auraient légèrement baissé en 2013, en France. Secours populaire français, Convergence et un article des Échos sur l’enquête en question :

Convergence : Selon la dernière étude de l’Insee, la pauvreté, en 2013, concerne 8,6 millions de personnes (soit 14% de la population), contre 8,8 millions, en 2012. Pour l’Insee, cette proportion diminue légèrement en 2013 (-0,3%), et l’intensité de la pauvreté baisserait donc aussi. Qu’en pensez-vous ?

Julien Lauprêtre : Cette étude, dont j’ai pris connaissance ce matin, est en totale contradiction avec les remontées venant des 80 000 bénévoles du Secours populaire français. De mois en mois, les bénévoles sont les premiers à dire qu’ils enregistrent beaucoup plus de demandes de personnes en détresse que les années précédentes. Le bilan que nous tirons est sans équivalent : le SPF a accueilli plus de 2,7 millions personnes, dont 1 million d’enfants. Ce qui souligne, s’il en était besoin, l’ampleur que doit prendre pour les solidarités le mouvement Copain du monde. Le dernier baromètre Ipsos-SPF 2015, rendu public le 8 septembre dernier, le confirme : l’évolution de la pauvreté suit une tendance préoccupante dans un contexte marqué par de nombreuses inégalités, l’enracinement de la précarité et des situations d’exclusions durables. Selon ce baromètre, 66% des Français disent avoir un proche dans la pauvreté. Évaluer la pauvreté est un exercice difficile et un sujet de controverses, opposant, parfois, les économistes. C’est pourquoi, devant les chiffres, devant les statistiques, il faut de la prudence. Être pauvre ne veut rien dire en soit. Un état de pauvreté est le fait d’une situation, différente d’une famille à l’autre, à un moment donné.

Convergence : Selon votre analyse, la pauvreté gagne donc du terrain en France ?
Julien Lauprêtre : Exactement. Nombreuses sont les mamans seules qui, le quinze du mois, n’ont plus rien dans le frigo et ne peuvent nourrir leurs enfants ; beaucoup de retraités ne vieillissent pas sereinement, en toute dignité, et se privent de tout, des commerçants ont dû fermer boutique ; beaucoup de jeunes, de plus en plus précaires, parfois à bout de souffle, poussent la porte du Secours populaire pour demander de l’aide car ils n’ont plus d’autre choix pour survivre. Le SPF a soutenu, l’an dernier, seulement pour l’aide alimentaire, près de 1,6 million de personnes. La solidarité alimentaire est une porte d’entrée vers d’autres formes d’aides : l’accès aux droits, à la santé, au logement, à la culture… Pour le SPF, les hommes ne sont pas des chiffres ! Pour nous, la solidarité se construit dans le respect de la dignité des personnes, en refusant toute forme d’assistanat. Quand l’Insee affirme que le taux de pauvreté a légèrement baissé en 2013 en France de – 0,3%, cette baisse ne peut pas se constater sur le terrain, les personnes pauvres n’ont pas du tout vu leur vie changer, loin de là.

L’étude de l’INSEE, résumée par les Echos 22 septembre 15) : « La pauvreté a très légèrement reculé en France en 2013 » :
C’est une bonne nouvelle, même si les progrès sont extrêmement modestes : le taux de pauvreté en France a légèrement baissé en 2013 pour s’établir à 14% de la population, contre 14,3 % en 2012, selon une étude de l’Insee publiée ce mardi.
L’intensité de la pauvreté a également légèrement diminué (-0,3 %), en raison de la revalorisation de certaines prestations destinées aux plus modestes (RSA et allocation logement) : le niveau de vie médian des 8,6 millions de personnes pauvres a ainsi augmenté pour se rapprocher du seuil de pauvreté, correspondant à 60% du niveau de vie médian de la population (1000 euros de revenus par mois).
Le taux de pauvreté en France s’est s’établi à 14% de la population en 2013, contre 14.3% en 2012. Au total, 8.6 millions de personnes vivent avec moins de 1.000€ par mois, selon l’Insee.
1.667 €
Le revenu médian* en France stagne à 1.667 € par mois, soit 20.000 € par an. Le revenu médian des familles parentales est encore plus faible et atteint 14.410 € par an.
* Revenu situé à mi-hauteur sur l’échelle des revenus : 50% des personnes gagnent plus et 50% des personnes gagnent moins.
C’est parmi les chômeurs et les adultes de moins de 30 ans que la pauvreté a le plus reculé (-1,4 point à 37,3% pour les premiers), en raison notamment d’une augmentation des montants d’allocations chômage perçues, souligne l’Insee. Car à la fin 2013, les personnes au chômage étaient plus âgées en moyenne que fin 2012. Elles avaient davantage cotisé avant de perdre leur emploi et étaient par conséquent mieux indemnisées.

Baisse de la pauvreté des enfants
Le niveau de vie médian de l’ensemble de la population est cependant resté quasiment inchangé en 2013, à 20.000 euros par an (1.667 euros par mois).
Néanmoins, les 10% de Français les plus modestes, soit ceux vivant avec moins de 10.730 euros par an, ont vu la première augmentation de leurs revenus depuis le début de la crise économique en 2008 (+1,1% en euros constants par rapport à 2012).
Aussi le taux de pauvreté chez les enfants de moins de 18 ans a-t-il fléchi de 0,8 point à 19,6 % de la population. Cette baisse s’observe particulièrement chez les enfants vivant dans une famille monoparentale, dont le taux de pauvreté a diminué de 3,6 points à 39.6%.
Le taux de pauvreté en France s’est s’établi à 14% de la population en 2013, contre 14.3% en 2012. Au total, 8.6 millions de personnes vivent avec moins de 1.000€ par mois, selon l’Insee.
1.667 €
Le revenu médian* en France stagne à 1.667 € par mois, soit 20.000 € par an. Le revenu médian des familles parentales est encore plus faible et atteint 14.410 € par an.
* Revenu situé à mi-hauteur sur l’échelle des revenus : 50% des personnes gagnent plus et 50% des personnes gagnent moins.

Les riches un peu moins riches
A l’inverse, les personnes les plus aisées ont vu leur niveau de vie diminuer en 2013. La raison, selon l’Insee ? Une baisse marquée des revenus du patrimoine (dividendes, intérêts …) et la hausse des impôts cette année.
Les revenus des 10% de Français les plus aisés a reculé de 1.8% en 2013 pour atteindre 37.200€ par an.
3.5
C’était l’écart en 2013 entre les revenus des 10% de Français les plus aisés et ceux des 10% les plus modestes.

Ainsi, les 10% des Français les plus aisés, soit ceux ayant des revenus supérieurs à 37.200 euros par an, ont vu leurs revenus reculer de -1,8%. En conséquence, l’écart entre les revenus des 10 % de Français les plus fortunés et celui des 10 % les plus pauvres est passé de 3,6 à 3,5 entre 2012 et 2013.

Références : http://www.newspress.fr/communique_291495_331_RSS-FR-CAT-202.aspx ; http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021344499983-la-pauvrete-a-tres-legerement-recule-en-france-en-2013-1157963.php?oZ2h23VhecZGwPbr.99

Mots clé : Pauvreté, Statistiques, Polémiques, Revenus, Solidarité, Secours populaire